Anatomie d’une maison paysanne, les secrets de construction d’une maison durable et écologique

Saviez-vous que, pendant des siècles, la majorité de l’humanité a vécu dans des maisons paysannes ?

Ces bâtisses authentiques, bien plus que de simples habitats, racontent notre histoire et témoignent d un savoir-faire ancien, respectueux de l’environnement.

Aujourd’hui, de plus en plus de personnes redonnent vie à ces vieilles demeures, par passion, par souci de transmission, ou par amour des vieilles pierres tout simplement.

Mais qu’est-ce qui rend ces maisons paysannes si fascinantes, et si singulières ?

Dans cette série, nous allons décrypter tous les aspects de la maison paysanne : les matériaux utilisés, les méthodes de construction, les types de bâtiments et surtout les secrets de leur durabilité.

Les matériaux 

Les matériaux autrefois utilisés dépendent des possibilités matérielles et financières de celui qui ordonne la construction , et sont le plus souvent extraits localement car le coût de transport est alors long et très coûteux. 

Les matériaux sont le plus souvent naturels, et parfois, des industries plus lointaines permettent de s’approvisionner en produits manufacturés telles que les tuiles, ardoises, ou les briques.

Ce recours aux matériaux locaux explique d’ailleurs la grande diversité de construction que l’on rencontre dans les bâtiments d’un même département , d’une commune à une autre, voire même à l’intérieur d’un village.

Les murs et fondations 

Les fondations sont peu profondes: après suppression de la terre végétale à la recherche du sol homogène bien tassé (ou de la roche), la maçonnerie est montée à partir du « fond de fouille », généralement à moins d’un mètre de la surface. Certains problèmes rencontrés dus notamment aux sols instables à base d’argile, ou de sable, ou aux remontées d’humidité, ou de nappes, ont pu conduire à divers procédés de renforcement et d’assainissement des fondations comme des pilotis immergés en bois, ou diverse méthodes de drainage.

La pierre 

Les murs étaient le plus souvent construits avec les matériaux trouvés directement sur place ou recueilli par les paysans non loin dans les champs. Selon les terroirs on retrouve souvent la pierre calcaire , le granit, le schiste ou le grès. Ces pierres étaient hourdies, c’est à dire assemblées le plus souvent avec de la terre, ou des mortiers de chaux et parfois même montés de pierre sèche. Les murs étaient pleins, ou en double parement, c’est à dire que l’on bâtissait les 2 faces du mur en pierre, et l’espace central était fourré avec de la terre ou tu tout venant.

La terre

Comme technique plus anciennes on retrouve les pisés, les bauges et les torchis. Ce sont des mortiers faits de terre crue, parfois lié à la paille, qui était banchée, c’est à dire coffrés, pour assurer leur forme et leur structure au séchage.


– le torchis, mélange d’eau, d’argile séchée et de fibres naturelles, était utilisé en remplissage de pan de bois ou en colombage.

– le pisé, terre argileuse légèrement mouillée , parfois mélangée à des cailloux ou du sable, était coulé puis comprimé dans des coffrages de bois ou banches à l’aide d’un piseau ou pisoir

– la bauge est une terre argileuse humide armée de fibres végétales voire animales. Elle était tassée puis retaillée et posée sans banche.

Les colombages

Parfois la terre est associée au bois pour réaliser des constructions à pan de bois, ou colombage, Ces structures associent une ossature réalisée en bois à une maçonnerie faite en torchis. On retrouve le plus souvent ces structures en Alsace bin sûr, mais aussi au Pays basque, dans le nord, et en Picardie…

La brique en terre crue

La terre crue est employée pour confectionner des briques de terre séchée, aussi appelée adobe, 

La brique en terre cuite

La brique en terre cuite, quant à elle, est un élément artificiel fabriqué à partir d’une argile pétrie, moulée puis cuite au four. Surtout utilisée dans le nord et dans le Toulousain.

Le bois

Et enfin on peut retrouver le bois comme matériaux principal, en montagne par exemple pour la construction des chalets. 

La pierre de taille 

Les pierre de taille, très coûteuses, car elle demandaient l’intervention d’un corps de métier spécialisé, étaient quand à elle réservées aux bâtiments officiels, aux écoles, et aux églises. 

Souvent de récupération, du fait de son coût, elles était utilisée dans les ouvrages ruraux, pour réaliser les angles chainés des maisons, et les linteaux et tableaux de portes et fenêtres.

On peut ainsi dire que l’aspect des pierres d’angle répond à une logique sociale : plus les propriétaires de maisons sont aisés, plus les pierres d’angle sont régulières, grosses, nombreuses et surtout visibles.

Les enduits 

Une fois montés, les murs étaient enduits à l’extérieur d’un mortier de chaux, ou de plâtre et chaux. Les granges étaient le plus souvent enduites sommairement de plâtre gros, de chaux, ou laissées à pierres vues.

Les charpentes

Les charpentes étaient construites avec du bois  trouvé sur place en abondance, et qui se renouvelait vite.

Le choix du bois est primordial : l’essence, l’état sanitaire (exempt de parasites), les dimensions, la forme… Le chêne et le châtaignier offrent les meilleures qualités et sont les plus utilisés. 

Le peuplier quant à lui est connu pour ses qualités de résistance à l’humidité, et n’exigeait aucun traitement de prévention. D’autre part, c’est un bois léger, courant, qui sèche vite et durcit avec le temps.

La charpente est souvent grossière mais reprend les principes de base avec la présence de fermes, à entrait, poinçon et arbalétrier, qui soutiennent des pannes. Plus anciennement, des charpentes à courbes posées au sol, ou sur poteaux, sans entrait ni poinçon, présentait un meilleur dégagement des combles et des greniers, mais ne garantissait pas la retenue des murs, rôle que joue l’entrait dans les structures à fermes.

La couverture 

Jusqu’au 19éme siècle, des matières végétales sont utilisées en couverture des toitures. Selon les terroirs le chaume est constitué de paille de seigle, de joncs, de genêts sur branches de châtaignier entrelacées , ou de roseaux posés sur linteaux de peuplier.

Le chaume est utilisé jusqu’à la fin du 19ème siècle. On le considère alors comme dangereux car c’est l’époque du développement des lampes à pétrole qui multiplient les risques d’incendie. Les assurances donnent des avantages aux propriétaires qui les remplacent par des tuiles. 

D’abord matériau couteux, le prix des tuiles baisse rapidement grâce à la fabrication industrielle. 

On retrouve suivant les régions des petites tuiles plates, des tuiles canal, des ardoises, des lauzes, et plus rarement des chaumes qui étaient conservés dans les régions les plus pauvres. 

Comme on a pu le voir, ce sont les matériaux prélevés sur place ou fournis par les industries dans un environnement proche, qui forgent des caractéristiques communes des bâtiments dans un même terroir.

Les sols

La grande majorité des planchers de plain pied en milieu rural est construite directement sur le sol et parfois sur un empierrement drainant, appelé « hérisson » qui évite les remontées d’humidité.

Le sol primitif est constitué de terre battue. Il peut être recouvert d’un dallage de grandes pierres plates de pays ou d’un carrelage de carreaux en terre cuite. Dans certaines régions, les galets, retaillés pour la surface d’usure, sont utilisés en calade.

Le hérisson est très répandu pour les étables et les passages extérieurs car il offre également une bonne résistance mécanique…

Les sols des habitations pouvaient aussi être recouverts de tomettes en terre cuites, posées sur un lit de chaux. Parfois des parquets ou planchers étaient cloués sur lambourdes, offrant une certaine distance avec l’humidité et la fraicheur du sol.  Parfois même le sol reste nu notamment dans les cuisines. Les granges quant à elle étaient laissées en terre battue et plus rarement recouvertes d’un plancher.

Les caves

La cave représente une façon d’occuper et de rendre son sous-sol fonctionnel. Celles-ci sont creusées dans le sol et sont recouvertes d’une voute ou d’un solivage et sont accessibles depuis l’extérieur. 

Elles servaient à stocker des aliments comme les légumes avant l’électricité, ou du vin ou du matériel. 

Les maisons anciennes étant dépourvues de vide sanitaire, les caves situées sous les maisons permettaient aussi de limiter les remontées de l’humidité et de la fraicheur du sol.

La cheminée

Adossées au mur pignon ou au mur de refend, la cheminée joue un rôle central dans l’habitation. 

Dans le volume de la salle, c’est elle qui occupe la place la plus importante, à croire que toute l’organisation de la pièce n’a été conçue qu’en fonction de son existence.

La vie des anciens s’organisait autour de celle-ci, avant l’apparition de l’électricité, des gazinières et des radiateurs modernes.

Tout comme le reste de la maison , la cheminée prend des formes différentes selon les terroirs et les matériaux disponibles à proximité. 

En hiver, l’aspiration due au tirage de la cheminée favorisait le renouvellement de l’air intérieur, comme une sorte de VMC naturelle si on veut.

Les ouvertures : portes et fenêtres

La puissance d’une maison paysanne se « lit » dans ses dimensions, dans les matériaux employés pour sa construction, mais aussi dans le nombre et la taille de ses ouvertures, portes et fenêtres. Ces dernières, peu étanches, sont peu nombreuses afin de protéger le bâtiment des dangers de l’extérieur et surtout des rigueurs et des variations du climat

Avant l’apparition des vitres en verre au XVII* siècle, les fenêtres étaient équipées de cadres tendus de toile huilée ou de vessie animale qui étaient imperméables et laissaient passer suffisamment de lumière pour éclairer la pièce commune même par mauvais temps. Toutefois, ce n’est seulement à partir du XVIIIe siècle que les menuiseries à deux vantaux mobiles se sont généralisées.

Les volets en bois étaient rares, coûteux et peu sécurisants. Aussi, on leur préféra longtemps des barreaux de fer pour protéger les ouvertures du rez-de-chaussée.

Enfin, les portes extérieures étaient composées d’un battant en menuiserie pleine, fait d’un assemblage horizontal ou oblique de planches contrariés, ornées de clous forgés à large tête.

Architecture bioclimatique. 

La maison paysanne vit avec et par son environnement ; elle est implantée en fonction du site, de son relief, de sa géologie, et aussi en fonction des éléments naturels, tel que l’orientation par rapport au soleil, aux vents, et à la pluie. 

Les anciens réfléchissaient bien avant nous déjà à la manière de tirer parti des conditions  bioclimatiques afin d’optimiser la consommation d’énergie et le confort dans les bâtiments. 

Déjà, les maisons étaient protégées de la rudesse des vents du nord et des vents dominants d’ouest :

Les maison étaient parfois semi-enterrées, ou protégées du nord par des annexes, des appentis, des fours à pain. 

Peu d’ouvertures étaient situées côté nord ni côté ouest.

Les anciens connaissaient bien le rythme des saisons et faisaient en sorte d’orienter les plus grandes façades au sud, afin qu’elles soient toujours ensoleillée. De grand arbres, caduques, offraient de l’ombre et de la fraîcheur en été, et laissaient passer les rayons du soleil et la chaleur à travers leurs branchages en hiver.

Si un bâtiment devait être construit en face d’un autre, il était éloigné de sorte à ce que son ombre ne vienne jamais se projeter sur le bâtiment qui lui faisait face.

En été, les murs, dotés d’une grande inertie thermique, emmagasinaient la fraîcheur de la nuit, et la restituaient avec un déphasage thermique de près de 12h, contribuant à garder les maisons fraîches et confortables en été. Aussi, l’évaporation de l’humidité  des murs puisait des calories dans la pièce et participait aussi à son rafraichissement en été.

En hiver, du fait de la taille modeste des pièces de vie, celles ci se réchauffaient rapidement avec la cheminée et l’activité humaine. Et les murs gardaient une bonne inertie thermique qu’il restituaient pendant la nuit.

Les murs n’étaient pas isolés, mais leur épaisseur et les matériaux qui les constituaient, assuraient une certaine isolation du froid et une bonne rétention calorique.

Les étages s’ils n’étaient pas dédiés aux chambres, étaient dédiés au stockage, le plus souvent de foin, de grain, de paille et de son, ce qui explique l’absence de fenêtres en étage, et la présence de toute petites portes, servant à engranger les foins.

Ainsi les plafonds du rez-de-chaussée étaient en quelque sorte isolés et protégés du froid grâce à ce stockage, mais de nos jours, la toiture demeure un des principaux éléments à isoler en priorité. 

Ecologique et biodégradable

Le bâti rural ancien, directement issu des matériaux locaux peu transformés est la meilleure référence en matière de construction écologique.
Les ruines des bâtiments anciens, simples masures ou édifices prestigieux des grandes capitales (Rome ou Babylone…), se sont souvent désintégrées dans leur site au point d’en avoir été oubliées. Le bâti ancien répond donc en particulier aux valeurs recherchées actuellement au titre des économies d’énergie, du cycle de vie et du développement durable.

La maison ancienne est hydrophile

La maison paysanne n’était pas étanche à l’eau, mais plutôt constituée d’eau, tout en conservant un certain équilibre garantissant le confort des habitations. 

L’ensemble des matériaux constitutifs du bâti ancien étaient naturels, poreux et perméables à l’eau et à la vapeur d’eau. L’humidité pouvait donc ainsi s’évacuer naturellement  des murs et des sols, et elle était rejetée vers l’extérieur sous l’effet de l’aération naturelle et du soleil.

Un habitat souple, non rigide


La construction traditionnelle est réalisée sur le principe de l’empilement (mur en pierre, voûte…) et de l’assemblage (pans de bois, charpente); elle ne doit sa stabilité que par l’effet du poids d’un matériau ou d’un ouvrage sur ceux qui le supportent.

On ne constate aucun phénomène de colle : l’adhérence entre les matériaux est souvent très faible, car les ouvrages sont maçonnés à la terre ou à la chaux…

La maçonnerie traditionnelle est donc souple, et capable de s’adapter à des déformations importantes, sans cassure.

Dans les revêtements comme les enduits, des micro-fissures superficielles peuvent se produire. Mais elles ne mettent en péril ni la stabilité du bâtiment,  ni celle du revêtement de la façade.

Durable

Les constructions anciennes que nous habitons ou rénovons ont franchi les siècles, parfois sans véritable entretien; quelles meilleures preuves avons nous de leur durabilité, qui doit bien sûr être appréciée à cette échelle de temps.

Conclusion 

La maison paysanne qui nous est parvenue parfois intacte, était donc un habitat à la fois écologique, bioclimatique et durable avant même que ces termes ne prennent vraiment un sens.

Celle-ci était construite avec les produits du milieu proche et elle s’inscrit dans un environnement vivant et sensible. 

Mais la maison paysanne sortie telle quelle de son époque est gourmande en énergie, et réduire sa consommation, l’isoler, la rénover doit se faire dans le respect de la nature constructive de celle-ci.

Malheureusement certains savoir faire ancestraux ont été perdus au fil du temps, durant les 30 glorieuses notamment, ce qui a donné lieu à beaucoup de désordres dans les bâtis anciens avec l’application de méthodes et de matériaux modernes utilisés sans discernement.

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Sources et références

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